[Histoire courte] Les rêves sont ma réalité

[Histoire courte] Les rêves sont ma réalité
Photo by Jr Korpa / Unsplash

Je sais pourquoi je suis là.
Il y a ceux qui font les intéressants, c’est toujours les mêmes d’ailleurs.
Et il y a les discrets, dont je fais partie.
Mais moi, je suis venu pour un truc bien précis.

Je squatte au buffet chamallow et fraises tagada. Ce spot vert que j’ai en pleine tête me dérange un peu.
Je cherche un petit bout d’elle entre les épaules des uns, les mouvements brusques des autres… Je la trouve toujours.
Je lui souris.

On se lance dans des discussions avec mes voisins pique-assiette. Pour un peu, on s’y croirait.
Faut dire que la pénombre y est pour beaucoup.
Quelques rayons de lumière pénètrent dans la pièce et trahissent notre mise en scène.

Les musiques s’enchaînent. Que des tubes.
On est les maîtres de notre playlist, c’est forcément beaucoup trop cool.
Ça crie, ça chante, ça danse.

Tout le monde a plus ou moins fait un effort vestimentaire.

Je ne peux pas être le seul à attendre / redouter le moment fatidique. Si ?
Le DJ en chef fera forcément un cut et les bpm vont se diviser par deux.
Peut-être pas autant… j’en sais rien. Je stresse.

Arf raté, ça repart pour des morceaux bien rythmés.
Et en voilà deux qui tiennent un balai. Apparemment, faut passer en-dessous.
Je surprends avec ma souplesse.
Pourquoi d’ailleurs ?

Nouveau titre.
Je la vois sur-excitée. Ce doit être un de ses préférés.
Le pudique que je suis est un peu gêné de cette euphorie… Mais je lui passe.

De toute façon, je suis complètement croc.

Pour en revenir aux fringues, elle a choisi un style très « pépette ». Je ne l’avais jamais vue comme ça avant. Et du reste, je la préfère au naturel, finalement.

Je vois qu’elle aussi me cherche du regard.
Je ne vais pas avoir le choix. Aucune excuse pour se défiler.

J’ai mal au ventre en vrai.
Rien à voir avec le 7up et les bonbecs. Non non. C’est de la bonne trouille des familles.

Je pense à Sophie Marceau.
Est-ce qu’elle stressait autant, elle aussi ? Pas moyen de m’en souvenir.
En revanche, je suis sûr que je ressens un peu des trucs qu’elle a dû ressentir.

C’est un peu bizarre et excitant à la fois.
Ce sera toujours comme ça ?

Et mon pote qui ne me lâche plus…
Je sais qu’il y a un peu de jalousie dans l’air et là, je vois bien qu’il fait tout pour me dévier de mon objectif.

Je capte des regards pas sympa au passage. Là c’est jalousie maousse plus plus.
C’est bon signe en vérité, ça veut dire que je dois avoir mes chances.

Mode auto-persuasion activé.

Ultime coup de stress : on s’approche de la fin. Je vais regretter.
Il n’y a rien de pire.
Je m’en voudrais, j’en voudrais à mon pote, à la terre entière aussi tiens, c’est gratos.

Mais je tétanise.
Je sais pas… Je commençais à être gonflé à bloc, et là, au pied du mur, je flanche.
J’ai les pattes coupées.

Je ne mérite pas de toute façon, et je ne suis pas assez bien.
C’est aussi bien comme ça.

Je me suis éclaté quand même. Je n’étais pas que focus sur elle.
J’ai dansé comme un malade, ça a surpris encore d’ailleurs, et c’était vraiment chouette d’entendre les morceaux aussi fort et de se faire envelopper par la musique. On sent bien mieux les basses aussi.

Le cut.

Mon sang fait trois tours, ou plus.
Je dois avoir l’air complètement hébété, ou demeuré, c’est selon.

C’est maintenant là ?
On y est ?
Qu’est-ce que je fais ?
Où est-elle ?

On m’attrape la main.

Merci le destin. Raté, ce n’est pas la sienne.
Pourquoi sa super copine me tire en me tenant la main ?
Elle me lâche avec un grand sourire, tourne la tête et la regarde, Elle, en souriant aussi… avant de nous laisser là, plantés, face à face.

Sourires gênés une milliseconde.
Étincelle dans les yeux, soupirs de soulagement mutuel.
« Enfin ». Pensées synchronisées.

Les mains se positionnent toutes seules.
J’ai répété cette scène des centaines de fois, mais je ne réfléchis pas.
Mon corps a décidé de prendre le contrôle. Je ne suis plus maître de rien.
Je n’entends même pas le morceau.

On se déplace lentement en rythme. Comme une évidence.
L’univers s’arrête. C’est notre pause spatio-temporelle à tous les deux.

La lumière sonne le glas et envahit brusquement la pièce avant même la fin de la chanson. Quelqu’un a ouvert la porte du garage.

La fête est finie.
Des parents attendent déjà derrière le portail.

J’ai des papillons dans le ventre.
C’est trop injuste.

On se prend la main, un peu en cachette, pour faire durer cet instant.
On se parle avec les yeux.

Tout le monde nous a grillés.
Demain, ça va chambrer.

Et moi, je crois bien que je suis amoureux.


🎧 Dans les oreilles